“Claude Bernard, du vitalisme au réductionnisme”, Olivier Perru

Date : 08/10/2013 - 12 h 30 - 13 h 30 Lieu : Salle de conférence BU Sciences

Conférence d’Olivier Perru, philosophe des sciences de la vie, Université Claude Bernard Lyon 1.

Claude Bernard a toujours rejeté le vitalisme des médecins de son temps, dans un sens bien précis. Il pensait que les conceptions vitaliste héritées du XIXe siècle (sur un principe de vie d’ordre psychique, l’existence d’un fluide vital, l’irritabilité, etc.) n’étaient d’aucun secours dans l’identification des maladies et les soins données aux malades. Son point de départ est donc l’idée que le corps vivant peut être expérimenté comme le corps inerte et que la recherche de l’identité des maladies et des traitements appropriés se fait en physiologie, en empruntant les méthodes de la physique et de la chimie. De ce point de vue, il apparaît bien comme un continuateur de Magendie.

L’assimilation du corps organique à une matière, certes organisée mais contenant les mêmes molécules que celles que traite la chimie, et donc la rupture avec l’idée de dépendance du corps à l’égard d’un principe vital, forment le fond de la démarche. Plus que de réductionnisme, il faudrait sans doute parler de déterminisme : Bernard admet implicitement que les phénomènes physiologiques dans le corps animal ou humain, obéissent foncièrement aux mêmes lois que les molécules en chimie.

Tout cela n’allait nullement de soi à l’époque. A titre d’exemple, tout le monde connaît la célèbre expérience dite « du foie lavé » de Claude Bernard, où il met en évidence l’existence de réserves de glycogène, source de glucose, dans le foie; il admet donc que le foie contient un polymère du glucose, lequel est hydrolysable pour répondre aux besoins de l’organisme en glucose. La régulation de la glycémie implique donc des équilibres d’ordre chimique. L’importation de la méthode expérimentale en physiologie, puis en médecine, conjuguée aux progrès de la chimie de la fin du XIXe siècle sont l’une des sources du développement de la Biochimie à l’extrême fin du XIXe siècle, et surtout, au XXe siècle.

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