Jacques Arsène D’Arsonval : un pionnier de la biophysique

Philippe Jaussaud. Dessin à la plume

Philippe Jaussaud. Dessin à la plume

Pour présenter d’Arsonval, nous ne nous référerons pas au tableau de Lhermitte : la tête du savant plonge littéralement dans l’ombre, comme si un excès de modestie l’incitait à se dérober aux regards. Nous préférons renvoyer le lecteur à la photographie du jeune « taupin » d’Arsonval, coiffé d’un feutre pointu aux bords élégamment relevés.

Sur le portrait, le regard malicieux et la fine moustache font penser à Arsène Lupin. Telle est du moins l’impression qu’a dû ressentir Michel Zink, titulaire de la chaire de « Littératures de la France médiévale » au Collège de France et auteur du roman intitulé Arsène Lupin et le mystère d’Arsonval.

Ce livre représente un clin d’œil adressé – à travers l’Histoire – à un collègue disparu, puisque d’Arsonval a été professeur de « Médecine » au Collège de France. Par ailleurs, on ne peut être que frappé par l’analogie de consonance existant entre « d’Arsonval » et « d’Orcival ». Le crime d’Orcival (1867), dû à la plume d’Émile Gaboriau, est souvent considéré comme étant le premier vrai roman policier. D’Arsonval, âgé de seize ans lors de sa parution, l’a très probablement lu …

Jacques Arsène d’Arsonval vient au monde le 8 juin 1851 à La Porcherie (Haute-Vienne) dans le manoir familial de La Borie. Son père, Pierre Catherine, est médecin à Limoges. Ayant fréquenté successivement l’école de sa commune, puis le collège du petit Séminaire de Brives et le lycée impérial de Limoges,  le jeune Arsène obtient brillamment son baccalauréat (1869). Il monte ensuite à Paris, afin de préparer le concours d’entrée à l’École Polytechnique, mais la guerre franco-prussienne le contraint à regagner le Limousin et à s’orienter vers une carrière médicale.

Élève de l’École de médecine de Limoges, d’Arsonval est nommé interne à l’hôpital Saint Alexis (1871), puis externe – après concours – des Hôpitaux de Paris (1873). Il remplit ses fonctions à l’Hôpital Lariboisière, tout en suivant au Collège de France les cours de Claude Bernard, dont il devient le préparateur dans la chaire de « Médecine » (1873). Désormais, d’Arsonval ne quittera plus le « Collège ». Il soutient une thèse de médecine sur le rôle de l’élasticité du poumon dans la circulation sanguine (1876).

Après le décès de Claude-Bernard (1878), d’Arsonval devient le préparateur du successeur de son maître : Charles-Édouard Brown-Sequard (1817-1894). Professeur de chimie à l’École Arago (1880), puis assistant d’Étienne-Jules Marey (1830-1904) dans la chaire d’« Histoire naturelle des corps organisés » du Collège (1881), d’Arsonval prend ensuite la direction du laboratoire de physique biologique de l’École pratique des hautes études. Ce laboratoire sera reconstruit, selon les directives du savant, à Nogent-sur-Marne (1910). Entre temps, au Collège de France, d’Arsonval a été nommé professeur suppléant (1887) et – après le décès de Brown-Sequard – professeur titulaire de la chaire de « Médecine » (1894). Le savant est élu à l’Académie de médecine (1888), à celle de chirurgie (1938) et à l’Académie des sciences (1894). Retraité en 1931, D’Arsonval décède le 31 décembre 1940 dans sa maison de la Borie – léguée au Collège de France.

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